jeudi 11 novembre 2010

A l'image de la grippe, la gastro souffre d'un manque de recherche

PARIS - Chaque hiver, la vague de gastroentérites revient en France métropolitaine et pourtant, à l'image de la grippe, cette maladie banale mériterait un effort de recherche accru pour être mieux connue, selon des spécialistes.

La gastroentérite se manifeste régulièrement en métropole par une épidémie hivernale de grande ampleur et par une autre, plus modeste, en été, entraînant en moyenne 3 millions de visites chez les médecins généralistes.

Des virus sont les principaux responsables de ces diarrhées aiguës infectieuses, notamment les rotavirus et les calicivirus (ou norovirus), ont rappelé le Pr Antoine Flahault et le Dr Thomas Hanslik (Inserm/université Pierre et Marie Curie-UMPC) à l'occasion d'une communication à l'Académie de Médecine.

Mais ces deux familles de virus entériques ne sont pas les seuls à déclencher ces désagréables symptômes et restent minoritaires (parmi les diverses causes infectieuses responsables de l'ensemble des gastroentérites aiguës) en Europe tous âges confondus, selon ces chercheurs.

En effet, les agents infectieux des gastroentérites identifiés à ce jour correspondent à moins de la moitié des cas rapportés, selon eux.

Ils déplorent l'insuffisance des recherches sur ces infections qui, bien que généralement bénignes dans les pays développés, représentent un fardeau sanitaire et économique élevé qui justifierait une politique de prévention et lutte plus ambitieuse à l'échelle de l'Europe.

"Comme les infections respiratoires, les infections virales intestinales mériteraient des investissements plus importants en termes de recherche", soulignent les deux médecins. "Le rôle de virus peu ou pas recherchés comme les torovirus, picobirnavirus, picornavirus ou entérovirus 22 mériterait d'être précisé" notent-ils.

Ils plaident, de surcroît, pour une "identification plus étendue" d'agents potentiellement responsables quels qu'ils soient (virus, bactéries, champignons ou parasites).

Chez les enfants, d'après différentes études, avant l'âge de 3 ans, près de 60% des diarrhées aiguës en période épidémique hivernale sont dues à ces deux familles virales, calicivirus et rotavirus, précise à l'AFP le Pr Flahault.

Les seuls vaccins disponibles pour les enfants sont des anti-rotavirus. Or ces virus "ne représentent pas plus du tiers des causes, ce n'est pas négligeable, mais ce n'est pas l'ensemble du problème", relève-t-il.

Pour le professeur Emmanuel Grimprel néanmoins, l'efficacité protectrice des vaccins vis-à-vis des formes sévères de diarrhée à rotavirus chez les nourrissons est démontrée. Pourtant peu de pays européens ont ajouté cette vaccination à leur calendrier vaccinal, constate ce pédiatre.

Selon lui, cette apparente réticence des autorités sanitaires surtout en raison d'appréciations divergentes du "rapport coût-efficacité" de la vaccination systématique des nourrissons.

A moins de diminuer de façon importante le prix de ces vaccins, ce rapport reste faible, selon l'analyse médico-économique française (Haut Conseil de la santé publique /www.hcsp.fr) émise en mai dernier. En conséquence, en France la vaccination systématique contre le rotavirus des nourrissons de moins de six mois n'est pas recommandée. Ce qui ne remet pas en cause son usage individuel, en particulier pour les plus fragiles.

En France, il y aurait, annuellement, près de 300.000 cas d'infections à rotavirus chez les moins de 5 ans, générant 131.200 consultations, 19.200 hospitalisations, et une dizaine de décès.

(©AFP / 10 novembre 2010 14h17)

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